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Rencontre avec Isabelle, fondatrice d'Universal Love

12 novembre, 2018

Rencontre avec Isabelle, fondatrice d'Universal Love

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

J’ai commencé à travailler à 20 ans dans la publicité. A l’époque je m’occupais du magazine Actuel parmi les budgets qui m’avaient été confiés. J’ai beaucoup appris, c’était une période très riche qui m’a ouvert sur la mixité culturelle de Paris. Lorsque j’ai eu mes 3 enfants et parce que je passais plus de temps à la maison, j’ai commencé à réaliser des collections de vêtements en série limitée.

Autour de moi,  de nombreux amis , artistes ou artisans réalisaient aussi des petites séries d’objets de décoration, accessoires de mode et vêtements mais n’avaient pas d’espace d’exposition pour les présenter et les vendre. Ensemble nous avons eu l’idée de fonder une association pour créer notre propre réseau de distribution, promouvoir notre travail et échanger avec un « public » .

C’est comme ça que sont nés les Free Market d’Universal Love. Nous avons commencé en 96 dans d’anciennes usines. Au fur et à mesure, nous recevions de plus en plus de monde. On proposait différents spectacles, concerts, danses,  des activités pour les enfants etc. Nous avons fini par migrer vers des lieux plus homologués, notamment au Cabaret Sauvage. 

Mon mari est réalisateur et il est parti dans le désert pour filmer un défilé d’Alphadi dans le désert, au Niger. A travers son reportage, j’ai découvert de nombreux créateurs et je me suis rendu compte qu’à Paris, on voyait souvent des designers de pays européens mais très peu venaient de pays aux économies émergentes.          

En 2002 j’ai fait deux rencontres  marquantes :

  • Bibi Russel, une créatrice de mode bangladaise qui a lancé Fashion For Developpement Elle voulait mettre en avant le travail des artisans tisseurs de son pays pour assurer leur  survie économique et valoriser leurs savoirs faires.
  • Et Oumou Sy, une styliste sénégalaise qui voulait développer une collection de mode à l’image du Sénégal , à un tarif abordable afin de lutter contre la fripe qui submergeait les marchés locaux au détriment de l’industrie locale.

Toutes deux m’ont donné envie de mettre leur travail en avant à Paris, capitale de la création et de rassembler autour d’elles d’autres designers qui auraient la même vision, celle d’une Mode pour le développement local, réalisée dans le respect de l’Homme et des savoir-faire locaux.

En 2004 , j’ai fondé Ethical Fashion Show, le salon de la mode éthique qui avait vocation de réunir des marques de mode internationales engagées autour du respect de l’homme sur toute la chaine de fabrication du vêtement, de l’environnement et la mise en avant de savoir-faire textiles qu’il est important de sauvegarder pour les transmettre aux générations futures. A l’époque, chaque marque participante devait signer le manifeste d’engagement  pour la Mode Ethique qui était fondé sur ces trois piliers. Le premier salon a réuni une vingtaine de marques dont les précurseurs tels que Sakina M’sa,  Misericordia et Veja.
D’années en années le salon a grandi et présenté 40, 60, 100 puis 130 marques. Après l’espace des Blancs Manteaux, Le Tapis Rouge, le salon s’est déroulé au Carrousel du Louvre.

 

Par la suite je me suis consacrée à d’autres projets, notamment à l’organisation de « Changer la mode pour le Climat » lors de la COP21 en 2015. Il s’agissait d’une réflexion sur l’impact de la mode sur le Climat et qui a donné lieu à une charte d’engagement du secteur textile et habillement pour le Climat . Elle a été signée par de nombreux industriels, designers et fédérations et a été transmise lors de la COP22 à Marrakech.

Mon dernier projet est l’exposition “Parures” qui se tiendra à Roubaix en 2019. Des pièces d’exception seront présentées afin de mettre en valeur des savoirs-faire textiles internationaux.

Je pense qu’il y a vraiment une éducation à faire sur le processus de création et de fabrication des vêtements afin que chacun en comprenne toutes les étapes et leur difficulté et comprenne  la  valeur d’un vêtement bien fait ! Nous avons d’ailleurs réalisé des outils pédagogiques en partenariat avec l’ADEME pour expliquer aux adolescents "Le revers de mon look, quels impacts ont mes vêtements sur la planète ?". 

Vous avez un parcours extrêmement riche et engagé. Si vous deviez définir votre premier jour, ce moment, ce déclic qui a engendré une prise de conscience, un nouveau départ et de nouvelles initiatives. Lequel serait-il ?

Je pense que le point de départ est en 2002 lors de ma rencontre avec Bibi Russel et Oumou Sy. Alors qu’au même moment la fast fashion se déployait, sans respect pour les femmes ouvrières dans les chaines de production des pays asiatiques où la plupart des vêtements étaient fabriqués. Oumou Sy et Bibi Russell avaient une vision de la mode comme vecteur de développement pour leur pays et les couturières. J’ai ensuite creusé le sujet de la production des vêtements et de leur impact sur l’humain et l’environnement ; rencontré Katherine Hamnet, une des première activiste dans la mode éthique et compris l’envers du vêtement.

Quelle est votre mission à travers Universal Love ?

Un engagement, celui de faire comprendre au plus grand nombre les enjeux de la mode éthique. Comment changer et donner envie à chacun d’être acteur du changement. Je pense que votre génération a plus conscience de ses problématiques et j’espère que dans les prochaines années, la mode éthique deviendra  la norme.  

Le jour de votre plus belle rencontre avec Universal Love ?

Une année j’étais invitée au Sri Lanka dans une école de design pour un cycle de conférences sur la mode éthique. A cette occasion j’avais des amis d’amis qui vivaient à Colombo. La jeune femme qui m’hébergeait m’a présentée Deneth, jeune créatrice Srilankaise qui créait  des tenues à partir d’un tissus local coloré et fleuri. Nous avons invité Deneth à participer à l’Ethical Fashion Show. Sa participation a été le départ de sa carrière comme artiste et styliste et d’une nouvelle vie en Europe.

En quoi faites-vous les choses différemment ?

Depuis toujours je suis dans le système D et la récupération. D’abord avec les Free Markets où l’on investissait des anciennes usines et où l’on redoublait d’inventivité pour les habiller. Au quotidien pour me meubler ou m’habiller j’ai souvent chiné mon mobilier chez Emmaüs, je me suis habillée auprès de créateurs rencontrés à l’Ethical Fashion Show, mais il m’arrive souvent aujourd’hui de chiner mes vêtements sur les vide-greniers et magasins seconde main. Pour moi c’est une façon de vivre avec ce qu’on a, ce que l’on trouve, que l’on récupère sans forcément acheter du neuf.

Est-ce que vous auriez 3 bonnes adresses ou bons plans responsables à partager à notre communauté ?

Je conseillerai plutôt d’aller dans les friperies et les vides greniers. Il faut être curieux et ne pas tomber dans la facilité. La Fast Fashion va devoir changer, en Europe ils vont arriver à leur limite, mais les consommateurs doivent regarder ce qui se passe. Chérir ses vêtements, acheter des matières plus précieuses et bien les entretenir c’est le début d’une consommation plus responsable et plus durable.

Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui souhaitent agir aujourd’hui ?

De se renseigner avant d’acheter des vêtements et de ne pas jeter les anciens à la poubelle. Il y a plein d’alternatives notamment les dons ou le recyclage. Et se demander : ça coute 10 euros, mais pourquoi ? Aujourd’hui nous avons tendance à comparer  les prix avec ceux de  la fast fashion et du coup de trouver le reste trop cher. Mais la fast fashion ce sont des prix qui ne tiennent pas compte de l’impact négatif de ce système de production sur la planète et ses ressources et sur l’Humain. Comment ne pas ressentir la souffrance de ceux qui ont produit ces vêtements en les portant ? C’est ce que je me demande.Je conseillerai aussi d’acheter localement , de rencontrer les  créateurs qui produisent différemment et localement.

Si demain vous étiez une super woman ou la présidente, que feriez-vous pour notre planète ?

Je rendrai obligatoire le fait de limiter les productions aux besoins de consommation. Je mettrai l’obligation d’utiliser des matières recyclées ou écologiques. J’interdirai toutes les substances chimiques dangereuses.Le textile consomme beaucoup trop d’eau potable et les teintures polluent l’eau et les sols.        
On ne peut pas vivre dans un monde global en ignorant ce qui se passe dans les pays où sont produits les vêtements. Dans certains pays, Les gens se lavent dans les cours d’eau pollués par l’industrie textile et leur santé de ce fait est en danger à cause des substances chimiques qui peuvent être cancérigènes.

Comment imaginez-vous la mode en 2030 ?

Je pense que grâce aux réseaux sociaux, les petites marques, plus artisanales, réalisées en petite série auront une meilleure visibilité d’autant plus qu’en Europe, l’uniformisation proposée par la fast fashion va commencer à lasser. De plus, la génération qui arrive veut  savoir si  ses vêtements sont produits dans le respect de l’homme et de l’environnement. La mode sera plus circulaire, on ne peut pas continuer à puiser sur les ressources de la planète.

Pourquoi est-ce que vous soutenez jours à venir ?

C’est très bien d’avoir une vision globale, il ne faut pas s’arrêter à la mode car tout est lié. Une plateforme comme Jours à Venir permet de trouver les marques responsables dont on parle et de donner une direction. Plus il y aura d’acteurs comme vous, mieux c’est.


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